Des scientifiques viennent de détecter au large des côtes américaines une zone de déchets plus vaste que la France.
A force de considérer la mer comme une poubelle, l’homme est en train de transformer les océans en décharge géante. Treize ans après la découverte d’un véritable « continent » de déchets flottants dans le Pacifique, des scientifiques ont découvert au coeur de l’Atlantique Nord, à un millier de kilomètres des côtes américaines, une nouvelle zone infestée de débris d’une superficie supérieure à celle de la France !
Lors de leurs expéditions en mer, les membres de la Sea Education Association (SEA) ont recensé jusqu’à 200 000 pièces de plastiques par kilomètre carré. Des fragments si petits qu’ils sont quasiment invisibles de loin et flottent parfois entre deux eaux. « Cette accumulation impressionnante de déchets provient à 80 % des zones côtières mais aussi des fleuves et des cours d’eau », souligne Gabriel Gelin, de l’association Surfrider Fondation.
Emportés au large, ces détritus se retrouvent pris dans des courants tourbillonnants et finissent piégés dans des zones peu venteuses. « Ces plastiques se délitent en particules de plus en plus petites que les poissons finissent par ingérer, souligne Olivier Barrière, chargé de mission environnement à la Surfrider Fondation. Dans certaines zones, on trouve six fois plus de plastique que de plancton et il est impossible de retirer ces microédéchets du milieu marin. » L’Atlantique et le Pacifique ne sont pas les seules victimes de cette pollution.
Des études ont identifié la présence de 5,5 millions de déchets flottants dans le golfe du Lion, sur le littoral français de la Méditerranée. L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) a de son côté mené de nombreuses campagnes océanographiques. Le décompte de l’Institut fait froid dans le dos : plus de 150 millions de déchets tapisseraient le fond de la mer du Nord tandis que 300 millions polluent le bassin méditerranéen. Aux abords de grandes villes côtières comme Marseille, on peut trouver jusqu’à 1 500 débris à l’hectare ! « Une fois que ces déchets échouent dans les eaux internationales, nul n’est contraint à s’engager dans une quelconque forme de dépollution », déplore l’association Watch the Waste qui effectue actuellement des prélèvements en Atlantique.
« Récupérer ces déchets en mer demanderait énormément de moyens et serait juridiquement compliqué à mettre en oeuvre, estime Jacky Bonnemains, chargé par le ministère de l’Ecologie d’une mission sur les déchets maritimes. L’urgence est plutôt de réduire la pollution à la source, à terre, et d’organiser de manière professionnelle des collectes le long des côtes. Après le passage de la tempête Xynthia et les inondations qui ont suivi, on peut d’ailleurs s’attendre à une recrudescence de déchets en mer dans le golfe de Gascogne. »
Source : Aujourd’hui en France